LES FÊTES A PARIS
Jusqu’au début du vingtième siècle, les fêtes foraines connurent une très grande vogue dans la capitale, due principalement au besoin de distraction de la population à une époque ou elles étaient rares et les moyens de communication peu développés.
En même temps qu’un lieu de plaisirs et de distraction, la fête foraine d’autrefois était aussi un moyen de diffusion d’inventions nouvelles telles que l’électricité, le cinéma, les rayons X, etc. Les musées d’anatomie rencontrèrent aussi un vif succès auprès du public : on venait y voir les organes du corps humain et méditer sur les ravages de certaines maladies car c’était alors le seul endroit où le public pouvait recueillir de tels enseignements.
38 fêtes en 1928…Jusqu’à la fin des années 20, le nombre de fêtes dans la capitale ne cessa d’augmenter (et leur importance également), passant de 14 par an en 1906 à 38 en 1928 ! Ainsi, la fête de la place Denfert-Rochereau, dite du « lion de Belfort » qui dans les années 60 ne regroupait plus que quelques forains a connu un véritable « Age d’Or » quelques dizaines d’années plus tôt, époque où son emprise occupait toute la place Denfert-Rochereau, le boulevard Saint-Jacques, l’avenue d’Orléans et la place d’Alésia.
Plusieurs centaines de forains y montaient, parmi lesquels des cirques et des ménageries…Il en fut de même à Vaugirard, aux Batignolles, à Montmartre ou aux Invalides. D’ailleurs, à Vaugirard, dans les années 20, les forains occupaient l’avenue du Maine, les boulevards de Vaugirard et Pasteur, et certaines des rues avoisinantes. Mais, au fil des années, la cohabitation entre les riverains, la circulation et les forains devint de plus en plus difficile. Résultat : des fêtes furent tout simplement supprimées du calendrier. Comme cela avait déjà été le cas en 1867 pour des fêtes qui, jusqu’en 1859 s’étaient trouvées juridiquement hors les murs de Paris et ne devinrent parisiennes que par l’annexion des « villages » d’Auteuil, de Vaugirard, etc. Ce n’est qu’après les désastres de 1871, que certaines furent rétablies sur leurs anciens emplacements pour rendre un peu de gaîté aux Parisiens.
… Contre 13 seulement en 1929 ! Alors qu’en 1928 donc, Paris recensait pas moins de 38 fêtes foraines, en 1929, la Préfecture de police proposa au Conseil municipal de Paris d’adopter un calendrier ne comportant plus que 13 fêtes d’une durée de 2 semaines (3 dimanches). Devant l’émoides forains parisiens, Chiappe, conseiller municipal, reçu les représentants de la profession auxquels il affirma qu’il n’était pas question de suppression, voire même de restriction des fêtes foraines dans la capitale, alors que ces rumeurs s’avérèrent bel et bien fondées quelques semaines plus tard, réduisant le nombre des fêtes parisiennes de près des deux tiers. Et cela, jusqu’à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.
Ensuite, dans l’euphorie qui suivit la Libération, on laissa de nouveau proliférer les fêtes. On vit même, dans certains quartiers des métiers s’installer sur la chaussée. Que ce soit Place d’Italie, à Denfert-Rochereau où ailleurs. Hélas, la situation ne dura pas… Dès 1946, diverses mesures furent adoptées par les pouvoirs publics pour ramener l’importance de ces fêtes à des proportions qu’ils estimaient plus compatibles avec les nécessités de la circulation parisienne. Certaines d’entre elles étant déplacées sur des terrains libres situés à la périphérie.
Las… l’urbanisation galopante et l’utilisation de ces terrains pour y construire des immeubles (puis le boulevard périphérique) entraîna la disparition de ces fêtes populaires. En 1963 pareille mésaventure aurait pu arriver à la foire aux pain d’épice. Fort heureusement la vigilance et le combat des forains du Trône pour maintenir la doyenne des fêtes foraines hexagonales, et la concertation entre forains et élus parisiens permirent de trouver un site adapté, facile d’accès, assurant la pérennité de la foire, sur la pelouse de Reuilly. Ce qui ne fut pas toujours le cas pour d’autres fêtes de la capitale dont on pourrait égrener la liste (Vaugirard, Daumesnil, Maison Blanche, Batignolles…) même si, depuis quelques années, les « Tuileries » font revivre la fête au cœur de la capitale…