Y  A  N  K  O

par Maurice Saltano

Le spectacle de Yanko fut sans doute le plus important du siècle dernier parmi les shows de magie présentés en piste de cirque, c'est-à-dire entourés par les spectateurs.

Passionné par son art il conçu et fabriqua l’intégralité de son matériel, de ses décors et de ses costumes, chacun valant des fortunes, ceci dans un investissement permanent. Ce qui explique son absence des grand-messes de la magie.

Son nom, par exemple, sera cité quatre fois dans l’encyclopédie Larousse, mais sera oublié dans le dictionnaire de la prestidigitation.

C’est à un magicien amateur et admirateur, Sokhura, que nous sommes redevables d’une biographie très complète. La sœur de Yanko, Henriette Conte, nous a procuré des documents et illustrations.

Entre autres ces lignes de Pierre Etaix, grand amoureux du cirque et de l’illusionnisme :

« Le numéro de Yanko contient tout ce qu’implique la  notion de magie. D’abord le mystère, bien sûr, mais aussi le « merveilleux » empreint d’une certaine beauté, d’un charme nostalgique qui transcende son spectacle en une véritable expression artistique.Yanko  m’enchante et m’enthousiasme !».

Il arriva au monde à Toulouse le 4 décembre 1928 sous le nom de Jean-Louis Conte. Il est attiré très vite par le cinéma  où il débute professionnellement comme projectionniste. Il passe la majorité de son temps libre dans la boutique du costumier de théâtre Pascual. Il conçoit son premier numéro de magie avec lequel il se produit sur la scène du cabaret toulousain « La halle aux grains ».

C’est alors qu’il fait la connaissance du célèbre illusionniste Al Rex qui, décelant la vocation du jeune artiste, l’initie à quelques secrets de l’art magique sévèrement protégés à cette époque. Adoptant définitivement le style oriental, il va tout concevoir et fabriquer (effets magiques, costumes, accessoires et décors).

Il débute à Paris sous le nom de Janco, qui deviendra Yanko pour une tournée de 3 ans avec le Stop Circus dirigé par Gabriel Prin.

Le magicien  découvre alors les techniques confidentielles de fixation des paillettes, sur le tissu, par les costumiers spécialisés.

Outre les miracles qu’il réalise, Yanko entraîne son public dans un  feu d’artifice de couleurs, une fantasmagorie.

En 1958 Yanko signe un engagement avec le cirque National (qui devient le cirque Continental) dirigé par Henry et Germaine Beautour. C’est dans cet établissement que le show de Yanko deviendra vedette du programme où il se produit en final.

Son spectacle est un véritable enchantement, un rêve dans lequel le public se laisse porter avec, entre autres, « la crémation », « la fleur vivante », « la femme coupée en deux », « l’évasion du totem », « la tête sans corps », « le feu, avec le coton », « la lévitation », « la guillotine hindoue » et quantité d’illusions et d’entresorts. Le public ne cherchait plus à « comprendre », emporté dans ses songes et son subconscient où tout est possible.

Certains costumes, notamment ceux que portait Yanko, pesaient jusqu’à 15 kilos.

On peut exceptionnellement, avec ce magicien, parler d’esthétisme.

Une image restait particulièrement dans la mémoire du spectateur : l’apparition d’un immense foulard  aux couleurs de l’arc-en-ciel, qui se développait et s’envolait vers les cintres (en forme de champignon atomique). Yanko avait vu cet effet dans le film « Ah ! Les belles bacchantes » et, avec une rare honnêteté, avait demandé l’autorisation de l’utiliser.

De 1959 à 1963  notre magicien se produira  au cirque des frères Francki (durant 3 saisons)  sous le nom de Yanko, puis la dernière sur le thème de la Russie, sous le pseudonyme d’Yvan Zaroff  (sans doute inspiré par le film « La chasse du comte Zaroff »).

En 1964 il se produit au Cirque d’Hiver  à Parie, puis durant trois ans au Cirque National Italien Togni  et, en 1968, au cirque Orfeï (toujours en Italie).

Yanko signe alors avec André Sanlaville pour une tournée de onze mois au Japon.  Il y partage l’affiche avec le marseillais  Méphisto (récemment décédé), le fakir Ben Ghou Bey, Omar Pacha et les Elysées girls..De retour en France, on va trouver Yanko à l’affiche du cirque Amar.

En 1974 il quitte définitivement Toulouse pour s’installer à Paris    où il va se produire à l’Alcazar. Habitué aux grands espaces du cirque il se trouve un peu à l’étroit, mais il s’adapte. Il participe à la résurrection du Grand Guignol au Théâtre de l’Européen par son ami le regretté producteur-magicien Christian Fechner.A partir de cette époque c’est surtout au cirque Médrano voyageur (Raoul Gibault) et au cirque Achille Zavatta  qu’on peut l’applaudir avant que son incroyable énergie soit vaincue par la maladie.

Son spectacle comportait alors en final un message pacifiste qui laissait deviner les qualités humanitaires de cet artiste.

Bon à savoir : retrouvez les plus beaux costumes de scène de Yanko dans l' " Espace " qui lui est dédié au Musée du Cirque et de l'Illusion de Dampierre en Burly ( Loiret ).
                                                                         

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